14 mai 2026

Mali : assimi goïta cumule les pouvoirs face à l’effondrement sécuritaire

En s’attribuant officiellement le poste de ministre de la Défense en sus de sa fonction de Chef de l’État, le Colonel Assimi Goïta parachève une centralisation extrême du pouvoir à Bamako. Cette décision ne relève pas d’une simple réorganisation administrative, mais révèle une fragilité structurelle : une chaîne de commandement paralysée et une stratégie militaire en perte de vitesse. Entre la chute de Kidal sous le contrôle du JNIM et de la CMA/FLA, et l’efficacité discutable du soutien russe, le Mali s’enfonce dans une crise sans précédent.

Bamako sous haute tension : un pouvoir concentré aux mains d’un seul homme

À Bamako, l’ascension du Colonel Assimi Goïta marque un tournant. En cumulant la présidence et le ministère de la Défense, il ne se contente plus de tracer les grandes orientations politiques : il devient le maître d’œuvre opérationnel de l’armée malienne. Pour les analystes de la sous-région, ce choix illustre une méfiance croissante au sein du cercle restreint du pouvoir.

Dans un contexte de transition prolongée, cette hypercentralisation des décisions soulève une question cruciale : comment un seul dirigeant peut-il gérer simultanément les enjeux diplomatiques, la gestion étatique et les opérations militaires dans un conflit asymétrique ? Ce cumul de mandats s’apparente à une stratégie de dernier recours. En supprimant les relais ministériels, Goïta s’expose directement aux critiques : chaque revers sur le terrain ne sera plus imputable à un subordonné, mais incarnera l’échec personnel du Chef de l’État.

Kidal, symbole d’un échec tactique et stratégique

Il y a quelques mois encore, les autorités maliennes clamaient haut et fort la « libération » de Kidal, présenté comme un symbole de la souveraineté retrouvée. Pourtant, la réalité est bien différente : la ville, verrou clé du Nord, a été reprise par les groupes armés, notamment le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA/FLA).

Cet échec n’est pas seulement symbolique : il est opérationnel. La perte de Kidal démontre que l’armée malienne, malgré ses annonces de montée en puissance, peine à maintenir ses positions sur le long terme. L’absence d’administration civile efficace et le manque de sécurité ont permis une réoccupation rapide par les insurgés. Le JNIM, en particulier, a affiné ses tactiques, isolant les garnisons et coupant les axes logistiques, transformant les victoires éphémères de Bamako en succès sans lendemain.

Wagner et l’africa corps : un partenariat sécuritaire en question

Autre pilier de la stratégie de Goïta : le partenariat avec la Russie, matérialisé par les forces du groupe Wagner (renommé Africa Corps). Promu comme une alternative souveraine face à la France, ce soutien peine à tenir ses promesses sur le plan militaire.

Les mercenaires russes, bien que déployés sur les fronts les plus dangereux, privilégient une stratégie de répression brutale qui, loin d’apaiser les tensions, alimente la radicalisation des populations locales. Les rapports sur les violations des droits humains se multiplient, offrant un terrain fertile au recrutement des groupes terroristes. Pire encore, l’efficacité technique de ces instructeurs est remise en cause par la vulnérabilité des colonnes de l’armée malienne, régulièrement prises en embuscade. Avec la Russie engagée dans son propre conflit en Europe, peut-elle réellement fournir au Mali le soutien aérien et technologique nécessaire pour contrer la mobilité du JNIM ? Rien n’est moins certain.

une diplomatie régionale en ruine et un isolement croissant

Cette crise sécuritaire s’inscrit dans un isolement diplomatique grandissant. En quittant la CEDEAO pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali a choisi la voie de l’autarcie sécuritaire. Pourtant, la réalité est implacable : les frontières sont perméables, et le terrorisme ignore les limites nationales.

En se coupant des mécanismes de coopération régionale, Bamako se prive d’informations stratégiques et de soutiens logistiques essentiels. Le cumul des pouvoirs par Goïta est perçu par les pays voisins comme un durcissement autoritaire, rendant tout dialogue encore plus ardu. Le Mali se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : il revendique sa souveraineté par les armes, mais repose de plus en plus sur des forces extérieures peu transparentes et sur une chaîne de commandement centralisée entre les mains d’un seul homme.

le risque d’un enlisement sans issue

Pour les populations du Centre et du Nord, le bilan est accablant. Malgré les changements de leadership et les alliances géopolitiques révisées, l’insécurité ne cesse de progresser. Les attaques contre les convois civils et militaires sont devenues quasi quotidiennes.

Le nouveau « Président-Ministre de la Défense » mise tout sur une stratégie risquée. Si la situation sécuritaire ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement social, actuellement contenu par une répression accrue, pourrait exploser. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a ouvert la voie à des crises majeures.

Pour sortir de cette impasse, le Mali ne pourra pas faire l’impasse sur une réévaluation profonde de sa stratégie. La force brute et les alliances avec des mercenaires ont montré leurs limites. Sans un retour à une gouvernance inclusive et une véritable politique de réappropriation sociale des territoires, l’épée d’Assimi Goïta risque de s’émousser rapidement face à la résilience des groupes armés. L’heure n’est plus aux discours guerriers, mais à un réalisme politique urgent. Car derrière les uniformes et les communiqués, c’est l’existence même de l’État malien qui se joue sur les champs de bataille du Nord.