
L’implication des femmes dans la sphère politique au Maroc représente une véritable épopée, jalonnée de profondes transformations législatives, d’efforts constants des associations et d’une aspiration ininterrompue à une égalité concrète. Alors que les élections législatives de septembre 2026 approchent, la place des femmes au sein des instances décisionnelles se retrouve, une fois de plus, au centre des préoccupations nationales. Bien que le cadre juridique se soit considérablement renforcé, les réalités du terrain et les pratiques des partis politiques soulèvent encore de sérieuses questions quant à la mise en œuvre effective des principes constitutionnels.
1. Aperçu historique : d’une quasi-absence à la promotion active
Durant plusieurs décennies suivant l’indépendance du Maroc, la présence féminine au Parlement demeurait marginale, voire inexistante. Il a fallu attendre l’année 1993 pour que les deux premières femmes fassent leur entrée à la Chambre des représentants. Face à la lenteur de cette progression « naturelle », le pays a opéré un virage décisif au début des années 2000 en introduisant des mécanismes de discrimination positive.
- 2002 – Création de la liste nationale : Un accord entre les partis politiques attribue 30 sièges aux femmes à la Chambre des représentants, marquant ainsi une avancée significative vers une représentation plus équitable.
- 2011 – Le tournant constitutionnel : La nouvelle Constitution, par son article 19, consacre l’égalité entre les sexes et engage l’État à œuvrer en faveur de la parité. Le nombre de sièges réservés aux femmes est alors porté à 60.
- 2021 – L’adoption des listes régionales : Le dispositif de la liste nationale est remplacé par des listes régionales, ce qui permet d’accroître la représentativité territoriale des femmes et d’augmenter leur effectif à 90 sièges à la Chambre des représentants.
Chacune de ces étapes a permis aux citoyennes marocaines d’acquérir une expertise précieuse et de démontrer leurs compétences dans les domaines politique, syndical, associatif et des droits humains. Néanmoins, en dépit de ces avancées législatives, un véritable plafond de verre persiste, tant au niveau local que dans la désignation des têtes de listes électorales.
2. Législatives de 2026 : l’alerte de la société civile
C’est précisément dans cette période de transition que la Coalition 190 pour la lutte contre la violence et la Coalition pour la dignité et les droits des femmes ont lancé, le 9 juin 2026, un appel pressant. Après avoir analysé les premières données concernant les investitures pour le scrutin de septembre, ces organisations tirent la sonnette d’alarme : les femmes restent largement sous-représentées comme têtes de liste, au profit d’une prédominance masculine manifeste sur ces positions stratégiques.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que les têtes de liste bénéficient statistiquement des meilleures chances de remporter un siège à l’assemblée législative. Reléguer les candidates au second plan soulève dès lors une question fondamentale : quel est le degré d’engagement réel des formations politiques envers les principes d’égalité et de parité dans l’actualité africaine ?
3. Une dérive démocratique : le contournement familial des quotas
Au-delà de la simple faiblesse numérique des candidatures féminines, un autre phénomène insidieux menace ce scrutin, et ce, au sein de tous les partis. Il est impératif de mettre en garde sérieusement contre l’instrumentalisation des mécanismes de représentativité par certaines élites partisanes. Tirant parti des quotas et des listes réservées, plusieurs dirigeants n’hésitent pas à positionner leurs propres épouses ou filles en première ligne.
Cette pratique de favoritisme familial constitue une violation flagrante de l’esprit des textes juridiques. En transformant des mesures de discrimination positive en privilèges dynastiques, elle vide la réforme de sa substance. Elle prive les militantes de terrain – qui œuvrent depuis des décennies au sein des structures politiques et associatives – d’un accès légitime à la représentation. Ce népotisme électoral accentue le sentiment de méfiance des citoyens envers les institutions et décrédibilise l’accès des femmes à la politique, réduit à une affaire de cooptation familiale plutôt que de compétence et de mérite.
4. Pour un débat national : au-delà de la simple mobilisation électorale
Face à ces dérives, les coalitions appellent à l’ouverture immédiate d’un débat national responsable et serein, réunissant les acteurs politiques, les institutions constitutionnelles, les organisations féministes et les médias. Ce débat doit permettre d’examiner les freins culturels et structurels qui limitent encore l’émergence des femmes aux postes de leadership politique.
Les signataires du manifeste proposent plusieurs actions concrètes pour inverser cette tendance :
- Un engagement partisan ferme : Les partis politiques doivent respecter l’esprit des lois électorales et s’assurer que les femmes dirigent au moins un tiers des listes, dans une optique de parité effective.
- Des critères de sélection transparents et éthiques : L’octroi des investitures doit impérativement s’appuyer sur la compétence, le mérite et l’engagement militant historique des candidates, excluant toute logique de privilège familial ou de népotisme, afin de garantir une réelle égalité des chances.
- Un suivi rigoureux par les autorités : Les institutions de contrôle et les autorités publiques chargées de superviser le processus électoral doivent veiller à la stricte application des objectifs initiaux de la loi, pour que les mesures de soutien à la représentativité bénéficient réellement à l’ensemble des citoyennes et non à des cercles familiaux restreints.
Conclusion – Note de réflexion.
Les femmes marocaines ne peuvent plus être cantonnées à de simples électrices ou à des instruments de mobilisation de masse le jour du scrutin. Elles sont des citoyennes à part entière et des partenaires essentielles dans l’élaboration des politiques publiques et la construction du futur du pays. La maturité de la démocratie marocaine se mesurera à sa capacité à transformer la participation politique des femmes – d’une exception ou d’un contournement familial – en une pratique démocratique naturelle, juste, méritocratique et durable, contribuant ainsi au développement du continent.
Plus d'histoires
Le Gabon, nouvelle capitale numérique africaine grâce au MIT
Le Niger : une réorganisation administrative pour la maîtrise des dépenses publiques
La BMCRF intensifie sa lutte contre la spéculation sur le prix du ciment au Burkina Faso