16 mai 2026

Afrique Horizon

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Le Sénégal s’appuie sur le marché UEMOA pour ses besoins de financement

Face à l’impossibilité d’accéder aux eurobonds suite aux révélations sur les ajustements budgétaires de 2024, le Sénégal a fait du marché des titres publics de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) sa principale source de capitaux. Durant les quatre premiers mois de l’année, le Trésor public sénégalais a réussi à lever 1311,3 milliards de FCFA. Ce volume significatif témoigne de l’ampleur des besoins de couverture budgétaire du pays et de la nécessité pour Dakar de se tourner vers les investisseurs régionaux. Cette stratégie de substitution intervient dans un contexte où les agences de notation maintiennent une pression défavorable sur la solvabilité du pays.

Le marché régional de l’UEMOA, une solution stratégique pour le Sénégal

L’exclusion du Sénégal des marchés financiers internationaux n’est pas une décision délibérée, mais une contrainte. Les tensions budgétaires, exacerbées par la découverte d’une dette publique bien plus conséquente que les chiffres précédemment annoncés, ont renchéri le coût de l’emprunt en devises et fermé temporairement la porte aux émissions d’eurobonds. En l’absence d’alternatives immédiates, le ministère des Finances et du Budget s’est tourné vers Umoa-Titres, l’entité régionale chargée d’organiser les adjudications de bons et obligations du Trésor pour les huit États membres de l’Union.

Le montant collecté en seulement quatre mois positionne le Sénégal parmi les émetteurs les plus actifs de la zone. La mobilisation de 1311,3 milliards de FCFA, soit l’équivalent d’environ deux milliards d’euros, révèle une cadence d’émission soutenue, avoisinant les 330 milliards mensuels. Cette intensité dépasse largement la moyenne historique de Dakar sur ce segment, indiquant que le Trésor compense ainsi les fonds qu’il ne peut plus emprunter à l’étranger.

Le coût élevé de la signature souveraine sénégalaise

Cette stratégie a un revers : les taux d’intérêt. Les banques de la sous-région, principales souscriptrices des titres publics, exigent désormais des rendements plus élevés pour acquérir les obligations sénégalaises. La dégradation de la perception du risque souverain, accentuée par les baisses de notation successives prononcées par Moody’s et Standard & Poor’s ces derniers mois, se manifeste par la prime demandée à chaque adjudication. Concrètement, le Sénégal emprunte plus cher que ses voisins directs pour des maturités comparables.

Cette situation engendre un double défi. D’une part, elle alourdit le service de la dette intérieure régionale, dans un budget déjà sous pression. D’autre part, elle absorbe une part croissante de la liquidité bancaire de l’UEMOA, avec le risque de créer un effet d’éviction au détriment des autres émetteurs souverains et du financement du secteur privé. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Burkina Faso, qui sollicitent également Umoa-Titres, voient ainsi leur marge d’absorption disponible se réduire.

Restaurer la confiance pour retrouver les marchés internationaux

L’enjeu pour Dakar va au-delà de la simple couverture des échéances de 2025. Les autorités sénégalaises négocient parallèlement un nouveau programme avec le Fonds Monétaire International (FMI), actuellement suspendu depuis l’audit de la dette. La conclusion d’un accord serait un prérequis pour un retour progressif de la confiance des investisseurs étrangers et, à terme, la réouverture des marchés internationaux. En attendant, le marché régional joue son rôle d’amortisseur, mais ne peut indéfiniment remplacer les flux en devises essentiels au financement des grands projets d’infrastructures, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’énergie.

Le défi pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko est de maintenir cette trajectoire de financement domestique le temps d’assainir les comptes publics et de rétablir une crédibilité financière. La trésorerie est sécurisée à court terme, mais la pression sur les taux régionaux et le coût des intérêts laissent une marge d’erreur très limitée. La restauration de la crédibilité budgétaire demeure la condition sine qua non de toute normalisation financière.