6 juin 2026

Afrique Horizon

Prospective et actualités africaines : économie, diplomatie, développement et souveraineté du continent.

L’ampleur des déplacements au Burkina Faso face à la violence jihadiste

Le Burkina Faso est confronté à une crise humanitaire sans précédent, où les violences perpétrées par des groupes jihadistes ont provoqué le déplacement de près de 230 000 personnes depuis le début de l’année. Des agences humanitaires tirent la sonnette d’alarme, soulignant l’impact dévastateur de cette situation sécuritaire sur les enfants et leurs familles à travers ce pays du Sahel central.

Le Groupe de coordination opérationnelle de la réponse rapide (GCORR) a recensé près de 37 000 ménages contraints de fuir leurs foyers suite à 48 alertes de déplacement. Ce chiffre représente une hausse alarmante de 92% par rapport à la même période l’année précédente. Rien qu’en mai, le GCORR a enregistré environ 41 000 personnes affectées par 12 alertes de déplacement réparties sur le territoire.

La région de la Boucle du Mouhoun se révèle être la plus touchée, avec plus de 106 000 personnes déplacées, dont plus de 65 000 enfants, dans 13 localités clés comme Dédougou, Di et Tougan. Cette région concentre à elle seule 45% de l’ensemble des déplacés internes.

Des besoins humanitaires « considérables »

La situation sécuritaire globale au Burkina Faso demeure extrêmement précaire, marquée par la persistance d’attaques incessantes dans les régions du Sahel, du Nord, du Centre-Nord, de l’Est, du Centre-Est et de la Boucle du Mouhoun. Ces assauts ciblent les Forces de défense et de sécurité, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et, malheureusement, les populations civiles.

Selon l’UNICEF, cette escalade de la violence a engendré des besoins humanitaires « considérables » dans tous les secteurs essentiels. Les nécessités les plus pressantes incluent :

  • Les abris d’urgence
  • La sécurité alimentaire
  • L’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH)
  • La protection des populations vulnérables
  • L’éducation des enfants

Malgré l’engagement de diverses organisations sur le terrain pour apporter un soutien vital, les besoins demeurent immenses et dépassent largement les capacités de réponse actuelles.

La malnutrition aiguë sévère, une menace grandissante

Sur le plan nutritionnel, la situation est particulièrement préoccupante. En avril, plus de 10 000 enfants ont été admis pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère à travers le pays. Plus de la moitié de ces cas proviennent des régions directement affectées par les violences jihadistes, notamment la Boucle du Mouhoun, le Nord, l’Est, le Sahel et le Centre-Nord.

De janvier à avril, le nombre total d’enfants admis pour un traitement s’élève à plus de 36 000, dont plus de 20 000 dans les zones les plus insécurisées. À la fin du mois de mai, 179 000 personnes (soit 28% des 1,3 million de personnes nécessitant une assistance) ont été prises en charge pour malnutrition aiguë. Parmi elles, plus de 8 000 enfants souffraient de malnutrition aiguë sévère.

Cette détérioration continue de la situation sécuritaire entrave gravement les opérations humanitaires, limitant l’accès aux populations affectées, augmentant les risques opérationnels et exacerbant les besoins d’assistance.

Des attaques récentes dans les régions de l’Est et du Sahel ont également conduit à la destruction d’infrastructures locales vitales, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’approvisionnement en eau et de l’administration publique.

Djibo : une ville sous blocus jihadiste

Parmi les zones les plus critiques, la ville de Djibo, située dans la province du Soum au nord du Burkina Faso, est entièrement sous blocus jihadiste depuis décembre 2024. L’ensemble de sa population, estimée à environ 48 000 personnes (incluant les déplacés et les communautés hôtes), est directement impactée par l’absence d’approvisionnement.

L’UNICEF, par l’intermédiaire de ses partenaires locaux, maintient des programmes essentiels à Djibo, couvrant des domaines cruciaux tels que l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH), l’éducation, la protection de l’enfance, la santé et la nutrition.

Les acteurs humanitaires, tout comme les civils qu’ils cherchent à aider, sont confrontés à des dangers constants, notamment le risque d’engins explosifs improvisés (EEI) et d’enlèvements. Au-delà des difficultés d’accès, la pénurie de ressources représente un défi majeur, impactant directement la capacité de réponse dans ces régions sous haute tension sécuritaire.