14 mai 2026

L’accès aux soins au Burkina Faso : la fin d’un système de privilèges

Durant de longues décennies, obtenir des soins médicaux au Burkina Faso relevait d’un défi insurmontable pour une grande partie de la population. Le coût financier agissait comme un rempart infranchissable entre les malades et la guérison. Cependant, depuis le 13 mars 2024, une volonté politique forte a entrepris de briser ces chaînes. Grâce à une baisse drastique des tarifs de l’imagerie médicale et à la suppression des cautions pour les dialysés dans le secteur public, le visage de la santé publique se métamorphose. Immersion dans les centres hospitaliers du pays.

Dans les couloirs bondés des hôpitaux nationaux, l’atmosphère habituelle de détresse laisse place à une lueur d’espoir. Autrefois, la santé était perçue comme une commodité réservée à une élite, laissant les plus démunis face à des choix impossibles. Aujourd’hui, les réformes transforment ce privilège en un droit fondamental accessible à tous.

Au sein du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, Madi Diallo partage un récit poignant qui illustre l’absurdité du système passé. Il se souvient avec douleur de sa sœur, disparue il y a trois ans faute d’avoir pu réunir les 500 000 F CFA de caution exigés pour une dialyse d’urgence. Si cette barrière financière a désormais disparu, pour sa famille, le changement a un goût amer de regret.

Cette tragédie personnelle fait écho aux difficultés rencontrées par des milliers de foyers au Burkina Faso, où la survie dépendait trop souvent de l’épaisseur du portefeuille. Pour remédier à cette injustice, les autorités ont instauré une restructuration tarifaire profonde. Depuis la mi-mars 2024, les structures sanitaires publiques appliquent de nouveaux prix, offrant un souffle nouveau aux usagers.

Le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Jean Claude Kargougou, a détaillé ces ajustements majeurs. Le coût d’un scanner est passé de 50 000 à 25 000 F CFA, tandis que celui de l’IRM a chuté de 100 000 à 40 000 F CFA. Plus symbolique encore, la caution de 500 000 F CFA pour la dialyse a été purement et simplement abolie, levant un obstacle majeur pour les patients souffrant d’insuffisance rénale.

Un impact concret dans les hôpitaux de Ouagadougou et des régions

Sur le terrain, ces annonces se traduisent par une réalité palpable. Au CHU de Bogodogo, l’effluence ne faiblit pas, mais le soulagement se lit sur les visages. Dame Ouédraogo, née Nikiéma Élodie, venue pour une IRM pelvienne, confirme avoir payé seulement 40 000 F CFA, contre plus de 150 000 F CFA dans d’autres établissements. Cette économie substantielle lui permet de préserver son équilibre budgétaire familial.

Seydou Nombré, directeur général du CHU de Bogodogo, valide l’application stricte de ces mesures. Il souligne que pour les urgences de dialyse, le tarif est désormais de 2 500 F CFA, sans aucune avance exigée. Ce vent de changement souffle également sur la province de l’Oubritenga. Au CHR de Ziniaré, le directeur Mady Zorné observe une réduction significative des évacuations vers la capitale, car les examens de diagnostic sont désormais réalisables localement à moindre coût.

Au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, le plus grand complexe hospitalier du pays, la pression est constante. Le service de dialyse, dirigé par la majore Tuina Nsoma Hélène, fonctionne à plein régime avec 34 machines assurant trois rotations quotidiennes. Bien que la suppression de la caution ait permis d’intégrer de nouveaux patients, le défi logistique reste immense face à une liste d’attente qui ne désemplit pas.

Le département de radiologie, sous la direction du Professeur Nina Astrid Ouédraogo, enregistre une hausse de 38 % du volume de scanners en un an, prouvant que la barrière du prix était le principal frein au diagnostic médical.

Bobo-Dioulasso : entre soulagement et besoins structurels

À Bobo-Dioulasso, au CHU Sourou Sanou, les témoignages convergent. Élie Ouattara se réjouit de l’accessibilité des produits de base et des examens. Dans la salle de dialyse du Guiriko, le Dr Hamidou Sawadogo confirme l’intégration de nouveaux patients depuis la réforme, tout en plaidant pour un renforcement des équipements et du personnel afin de répondre à la demande croissante.

Des patients comme Dame Sanou, née Traoré Salimata, et Youl Sié saluent ces avancées qui restaurent leur dignité. Ils appellent toutefois à une décentralisation accrue des centres de soins pour éviter les déplacements onéreux qui pèsent sur la cohésion familiale.

Le chemin vers une couverture santé universelle au Burkina Faso se construit progressivement. Si des défis subsistent, notamment concernant les frais d’examens complémentaires, l’élan est donné. L’inauguration récente du CHU de Pala par le Capitaine Ibrahim Traoré, incluant un centre de radiothérapie, ainsi que l’annonce de neuf autres hôpitaux de haut standing, marquent une nouvelle ère où la santé n’est plus un luxe, mais un pilier de la nation.

Chaque pas franchi rapproche le pays d’un idéal où soigner son prochain ne sera plus jamais une question de privilège social.