la finale Sénégal-Maroc qui divise les relations diplomatiques africaines
Nairobi, Kenya — Les répercussions de la finale chaotique de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre le Sénégal et le Maroc continuent de hanter les sphères diplomatiques et sportives du continent. Quatre mois après la décision controversée du Tribunal arbitral du sport (TAS), le contentieux opposant Dakar et Rabat s’invite dans les échanges politiques, révélant les tensions sous-jacentes entre les deux nations.
Lors du sommet Afrique-France à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits en soulignant avec ironie l’impact de la victoire marocaine sur tapis vert. « Merci à vous pour ce verdict ! » a-t-il lancé sous les applaudissements nourris de l’assistance, tandis que Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), affichait un sourire embarrassé. Une scène qui a capté l’attention des médias et des dirigeants présents, dont les réactions ont oscillé entre soutien et indifférence.
une décision du TAS qui cristallise les tensions
Le litige remonte au 18 janvier 2026, lorsque le Sénégal avait battu le Maroc 1-0 en prolongation au stade Mouley-Abdellah de Rabat. Pourtant, le 17 mars, la CAF a overturné ce résultat, attribuant la victoire au Maroc (3-0) sur décision administrative. Une décision qualifiée de « braquage administratif » par la Fédération sénégalaise de football (FSF), qui a immédiatement saisi le TAS. Les mémoires des deux fédérations sont désormais entre les mains de l’instance suisse, laissant planer l’incertitude sur l’issue d’une procédure qui pourrait s’éterniser.
le Maroc évite le sujet lors des rencontres diplomatiques
L’éviction du sujet lors du sommet de Nairobi a été frappante. Si le Maroc y était représenté par son chef du gouvernement Aziz Akhannouch, aucun officiel n’a participé à la session dédiée au sport. « Ils n’ont pas accordé d’importance à cette séquence », confie une source proche du dossier. Cette omission symbolise l’embarras des deux camps, où même les échanges bilatéraux en marge du sommet ont évité soigneusement toute référence à la finale litigieuse. La ministre déléguée française Eléonore Caroit a confirmé cette discrétion : « Je n’ai rien entendu sur le sujet durant les tables rondes, mais ce litige est bien présent dans les dialogues bilatéraux. Ce n’est pas qu’une question de football. »
une affaire pénale qui aggrave les relations bilatérales
Le contentieux ne se limite pas au terrain. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, accusé d’avoir jeté une bouteille d’eau sur les forces de l’ordre pendant les incidents en tribune, a purgé trois mois de prison avant d’être libéré le 18 avril. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés pour violences et dégradations ont également été remis en liberté à la même date, après avoir effectué un pèlerinage au mausolée d’Ahmed Tidjani près de Fès. Les quinze autres, condamnés à des peines allant de six mois à un an, restent détenus en attendant une éventuelle grâce royale.
diplomatie et football : un équilibre précaire
Malgré les tensions, les deux capitales affichent une volonté de préserver les apparences. Côté marocain, on rappelle que « les relations religieuses et historiques entre les deux pays doivent primer sur un match de football ». À Dakar, on tempère : « C’est une querelle entre frères. Nous sommes comme la langue et les dents : parfois, on se mord. La voie diplomatique doit jouer son rôle. Le Sénégal respecte la souveraineté de chaque pays et attend la même chose en retour. »
impact mondial : une réforme controversée adoptée par la FIFA
Le litige a même eu des répercussions réglementaires. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver fin avril, l’IFAB (International Football Association Board) a adopté une mesure surnommée la « loi Pape Thiaw », du nom du sélectionneur sénégalais. Cette réforme permet à l’arbitre d’expulser tout joueur quittant le terrain ou tout membre du personnel incitant à cette action. Un délégué présent à Vancouver résume avec ironie l’objectif : éviter une « sénégalisation » du football mondial.
Entre recours juridiques, prisonniers en détention et tensions diplomatiques, la finale de la CAN s’annonce comme l’un des conflits les plus longs de l’histoire du football africain.
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