À Dakar, la question de la dette publique du Sénégal s’impose comme un sujet brûlant lors d’une conférence internationale réunissant experts, économistes et responsables politiques. Intitulée « Crise de la dette au Sénégal : vers des solutions durables et progressistes, alternatives à l’approche austéritaire du FMI », cette rencontre de deux jours met en lumière les tensions autour de la gestion de l’endettement du pays, alors que le ratio dette/PIB dépasse désormais les 130 %.
Dette du Sénégal : un débat qui dépasse les frontières
Cette conférence s’inscrit dans un mouvement plus large de réflexion sur la dette en Afrique, où les pays endettés cherchent à repenser les modèles économiques imposés par les institutions internationales. Parmi les intervenants, Ndongo Samba Sylla, économiste et directeur régional pour l’Afrique de l’International Development Economics Associates (Ideas), a vivement critiqué le rôle du Fonds monétaire international (FMI).
le FMI, un acteur controversé dans la crise de la dette
Selon Ndongo Samba Sylla, le FMI ne serait pas une solution, mais bien une partie du problème. Ses déclarations, relayées devant un parterre d’experts, sont sans équivoque :
« Le FMI n’est pas la solution. Il crée le problème et le maintient. Son approche pro-créanciers, influencée par les intérêts géopolitiques des États-Unis et de la France, enferme les pays endettés dans des pièges financiers. Les nations les plus touchées sont souvent celles alignées sur les puissances occidentales, ce qui renforce leur dépendance. Pour nous, le FMI ne sera jamais la solution. »
Cette critique s’appuie sur des constats partagés par de nombreux observateurs, qui dénoncent une dette illégitime et appellent à son annulation ou à sa renégociation.
franc CFA, austérité et solutions collectives
L’économiste a également pointé du doigt le franc CFA, qu’il considère comme un frein majeur à la souveraineté économique du Sénégal. Une analyse que ne partage pas Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center, pour qui la crise relève avant tout d’un enjeu politique.
« La dette doit être gérée de manière collective par les pays africains endettés, insiste-t-il. C’est ensemble que nous pourrons dire non aux politiques d’austérité qui étouffent nos économies et refuser des mesures imposées de l’extérieur. » Il plaide pour une stratégie panafricaine afin de peser face aux créanciers internationaux.
Dette du Sénégal : un endettement record et des irrégularités
Fin 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko avait révélé l’existence d’une dette cachée et d’irrégularités budgétaires issues de l’administration précédente. Le FMI a depuis confirmé un endettement dépassant 130 % du PIB, un niveau qui alimente les appels à l’annulation des créances jugées illégales.
Ndongo Samba Sylla souligne que :
« Une dette illégale ne doit pas être honorée. Si la Banque centrale du Sénégal fonctionne efficacement, ces dettes pourraient être réglées sans asphyxier le budget de l’État. »
Alioune Tine, quant à lui, invite à dépasser les clivages nationaux pour adopter une vision globale :
« Il est temps de sortir des logiques de souveraineté isolée. Dans un monde mondialisé, les rapports de force sont inégaux. Nous devons agir collectivement et utiliser tous les leviers disponibles pour négocier des conditions plus justes. »
renforcer le contrôle parlementaire pour éviter les dérives
Le parti au pouvoir, Pastef-Les Patriotes, a annoncé des mesures pour encadrer davantage la dette publique. Ayib Daffé, président du groupe parlementaire du parti, a insisté sur la nécessité d’un contrôle parlementaire renforcé et d’une transparence budgétaire accrue :
« Pour éviter que de telles situations ne se reproduisent, il faut s’assurer que les lois de finances respectent les principes de sincérité budgétaire et que le Parlement joue pleinement son rôle de surveillance. »
Cette volonté de réforme s’inscrit dans un contexte où le président Bassirou Diomaye Faye a récemment rencontré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, à Nairobi, afin de trouver une issue favorable pour le Sénégal, confronté à une crise économique depuis plus de deux ans.
Le débat sur la dette du Sénégal reste donc ouvert, entre critiques des institutions internationales, appels à la solidarité africaine et recherche de solutions durables pour l’économie nationale.
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