14 mai 2026

Kémi Séba, Venance Konan et les dérives du panafricanisme moderne

Alors que la justice sud-africaine s’apprête à rendre son verdict concernant le cas de Kémi Séba, activiste controversé détenu depuis mi-avril dans ce pays, l’écrivain ivoirien Venance Konan interroge la pertinence de cet homme, star des réseaux sociaux avec plus d’1,5 million d’abonnés, comme figure emblématique du panafricanisme contemporain. Une réflexion qui invite à explorer les origines et les évolutions de ce mouvement continental.

L’affaire prend une tournure encore plus surprenante lorsque l’on découvre que Kémi Séba, président de l’ONG Urgences panafricanistes, voyageait en compagnie de son fils de 18 ans et d’un suprémaciste blanc sud-africain nostalgique de l’apartheid, François Van der Merwe. Cet activiste béninois-nigérien, connu pour ses positions radicales anti-françaises, anti-franc CFA et antisémites, a été arrêté alors qu’il tentait de rejoindre le Zimbabwe avant de poursuivre vers l’Europe. Il est actuellement poursuivi au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion », suite à la diffusion d’une vidéo soutenant un coup d’État manqué en décembre dernier. Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre.

Des figures panafricanistes au service de Moscou et des juntes du Sahel

Kémi Séba partage la scène médiatique avec d’autres personnalités comme Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, qui incarnent aujourd’hui le panafricanisme radical en Afrique francophone. Ces trois figures se distinguent par leur combat acharné contre la présence française sur le continent, mais aussi par leur rôle de relais de la propagande russe et leur soutien inconditionnel aux dirigeants des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : Assimi Goïta au Mali, Ibrahim Traoré au Burkina Faso et Abdourahamane Tiani au Niger. Cette nouvelle forme de panafricanisme, qui consiste à rejeter la France pour se soumettre à la Russie tout en soutenant des régimes putschistes, interroge : s’agit-il encore de libérer l’Afrique ou de simplement changer de maître ?

Retour sur les racines du panafricanisme

Le panafricanisme, né au début du XXe siècle dans les milieux intellectuels noirs américains et caribéens, a joué un rôle clé dans les luttes de décolonisation en Afrique. Des figures comme Kwame Nkrumah au Ghana, Sékou Touré en Guinée ou Patrice Lumumba au Congo ont incarné cette idéologie visant à unir et émanciper les peuples africains et la diaspora. En France, la Fédération des étudiants d’Afrique noire (FEANF), créée en 1950, est devenue un fer de lance de la lutte anticoloniale avant d’être dissoute en 1980. Les indépendances des années 1960 ont été perçues comme l’aboutissement de ce combat, avec la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963, aujourd’hui remplacée par l’Union africaine (UA).

Cependant, malgré quelques tentatives d’unification, les micro-nationalismes ont pris le dessus. Des sécessions comme celle de l’Érythrée ou les conflits au Biafra et en Casamance ont illustré les divisions persistantes. En 2002, Mouammar Kadhafi a tenté de relancer l’idée d’une Afrique unifiée en transformant l’OUA en UA, sans succès. Depuis, l’UA a mis en place le NEPAD en 2001 pour accélérer l’intégration économique, mais ce projet est aujourd’hui largement tombé dans l’oubli.

Panafricanisme aujourd’hui : entre symboles et réalités

Aujourd’hui, le panafricanisme est devenu un label que beaucoup s’approprient, y compris des dirigeants politiques. En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a fondé le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), se revendiquant panafricaniste. Au Sénégal, le parti au pouvoir, le PASTEF, affiche également cette étiquette. Pourtant, les réalités sont bien différentes : les pays africains, loin d’être unis, pratiquent souvent une chasse aux Africains étrangers (comme en Afrique du Sud) ou entretiennent des tensions régionales, comme entre les pays du Sahel et leurs voisins de la CEDEAO.

Un panafricanisme frelaté au service d’intérêts étrangers

Kémi Séba, Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, bien que très actifs sur les réseaux sociaux, incarnent-ils vraiment le panafricanisme ? Ces trois personnalités, dont deux ont été déchu de leur nationalité française pour leurs positions extrêmes, se présentent comme des victimes de l’Occident. Mais où se situe leur engagement pour l’Afrique lorsqu’ils soutiennent ouvertement les intérêts russes ou les dictatures du Sahel ? Les exactions commises par les mercenaires russes ou les régimes autoritaires de la région devraient-ils être ignorés au nom d’une lutte anti-française ?

Selon des révélations, Kémi Séba qualifierait même ses « camarades » Nyamsi et Yamb d’« opportunistes », accusant ces derniers d’être à la solde de Faure Gnassingbé. Ironie du sort, Kémi Séba lui-même regretterait sa perte de nationalité française. Ce panafricanisme-là, selon Venance Konan, est ranci, frelaté et relève davantage de l’escroquerie politique que d’un véritable engagement pour le continent.

Dans un contexte géopolitique mondial marqué par la montée des prédateurs, l’Afrique n’a d’autre choix que de s’unir rapidement pour survivre. L’urgence panafricaniste est plus que jamais nécessaire, mais elle doit se fonder sur des valeurs de liberté, de démocratie et de coopération, et non sur des alliances douteuses ou des combats stériles.