24 mai 2026

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JNIM : vers une mainmise totale sur le Mali ?

Le JNIM, un acteur djihadiste en passe de dominer le Mali

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, mène une offensive sans précédent au Mali. Malgré les opérations militaires engagées par Bamako et ses partenaires, les attaques se multiplient : embuscades contre les forces armées, prises de postes stratégiques, blocages de routes essentielles. Cette escalade alarmante touche désormais plusieurs régions du pays, mais aussi les pays voisins du Sahel.

Une expansion territorialisée plutôt qu’une conquête éclair

Les derniers rapports en provenance du centre du Mali sont particulièrement inquiétants. Cinq villages de la région de Bandiagara ont été la cible d’attaques revendiquées par le JNIM le 21 mai 2026. Si le groupe n’a pas communiqué de bilan, ces événements révèlent une stratégie bien plus profonde qu’une simple guérilla mobile.

Le JNIM ne se contente plus d’opérations ponctuelles. Il s’enracine durablement en exploitant les tensions communautaires, l’absence d’État dans certaines zones et les rivalités locales. Dans des régions rurales, il instaure des systèmes parallèles : médiations alternatives, règles de circulation imposées, voire des formes de taxation. L’objectif ? Remplacer l’autorité défaillante par un ordre où le groupe dicte ses propres normes.

Cette approche explique pourquoi les seules solutions militaires s’avèrent insuffisantes. Une opération peut reprendre temporairement une zone, mais sans restaurer une administration civile, judiciaire ou économique stable, la situation reste précaire.

Mali : une souveraineté militaire au prix de l’instabilité

Depuis le départ des forces françaises et le renforcement des partenariats sécuritaires avec la Russie, les autorités maliennes affichent une volonté farouche de souveraineté. Cette transition s’accompagne d’une rhétorique anti-dépendance occidentale, mais sur le terrain, les violences persistent. Les groupes armés, dont le JNIM, conservent une mobilité redoutable.

Parallèlement, des rapports internationaux pointent des violations des droits humains impliquant des forces maliennes et des groupes alliés russes. Bamako rejette ces accusations, y voyant des tentatives de déstabilisation orchestrées depuis l’étranger. Cette polarisation affaiblit davantage les possibilités de dialogue politique.

Sahel : un terrain de jeu pour les puissances étrangères

La crise sahélienne dépasse désormais le cadre sécuritaire. Elle devient un espace de compétition géopolitique où se croisent intérêts russes, turcs, émiratis, occidentaux et africains. Dans ce contexte fragmenté, les groupes djihadistes tirent profit des divisions entre États, des frontières fermées et de l’effondrement des coopérations régionales.

Le risque majeur ? Une normalisation progressive de l’insécurité. Certaines zones du Mali vivent désormais dans un équilibre précaire où ni l’État ni les groupes armés ne contrôlent pleinement le territoire. La question se pose : jusqu’où iront-ils ? La junte malienne, qui compte sur l’appui des mercenaires du groupe Africa Corps, pourrait se retrouver seule face à cette menace. Que se passera-t-il si ces soutiens militaires venaient à se retirer ?

Mourad Ighil

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