Une ligne discrète dans le budget gabonais 2025 cache une décision aux conséquences lourdes : l’État renonce à près de 52 milliards de francs CFA de recettes fiscales minières. L’impôt sur les sociétés du secteur minier s’effondre de 97 %, passant de 53,2 à seulement 1,47 milliard de francs CFA. Aucun autre contribuable ne subit une telle réduction, reflétant une perte sèche de près de 80 millions d’euros pour les finances publiques du pays.
L’industrie minière gabonaise en pleine contradiction budgétaire
Le manganèse, pierre angulaire de la diversification économique post-pétrole au Gabon, représente avec le bois et le pétrole l’une des principales sources de devises. Le pays se classe au deuxième rang mondial pour ce minerai, principalement extrait dans la région du Haut-Ogooué par des acteurs comme Comilog, filiale du groupe français Eramet, et Nouvelle Gabon Mining. Pourtant, malgré les déclarations récentes des autorités de transition sur la nécessité de renforcer la fiscalité minière, la loi de finances rectificative 2025 marque un recul spectaculaire.
Plusieurs éléments expliquent ce revirement. Le marché mondial du manganèse a connu une chute brutale depuis fin 2024, après un pic lié à un incendie dans une mine australienne. Cette baisse des cours a réduit les marges des exploitants locaux, diminuant mécaniquement leur base imposable. Pourtant, l’écart colossal entre les prévisions initiales et les réalités du terrain interroge sur la fiabilité des hypothèses budgétaires adoptées en début d’année.
Transparence et rente minière : le Gabon face à ses contradictions
Cette décision intervient dans un contexte où Libreville s’est réengagée dans le processus de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), après plusieurs années d’absence. Les 51,8 milliards de francs CFA abandonnés équivalent à plusieurs mois de salaires de la fonction publique dans certains ministères. Cette perte survient alors que le pays négocie un nouvel accord avec le Fonds monétaire international, dans un contexte de tensions sur la liquidité et de dépendance accrue aux marchés financiers de la Beac pour financer ses dépenses courantes.
Les observateurs locaux soulignent une incohérence entre les discours officiels, qui prônent une fermeté accrue envers les multinationales extractives, et les choix budgétaires actuels. Dès l’automne 2023, les autorités de transition avaient annoncé une révision complète des conventions minières et pétrolières, visant à renégocier des régimes fiscaux jugés trop avantageux pour les investisseurs. Deux ans plus tard, les recettes réelles de l’impôt sur les sociétés du secteur minier atteignent à peine 3 % des objectifs initiaux, sans qu’aucune explication officielle ne soit fournie sur les raisons de ce décalage.
Un message ambigu pour les investisseurs et partenaires
Cette révision budgétaire survient à un moment stratégique, alors que le Gabon prépare son cadrage budgétaire pluriannuel et doit arbitrer entre ses grands projets d’infrastructures et la maîtrise de son déficit. Une perte de 51,8 milliards de francs CFA force le gouvernement à revoir ses priorités, soit par une réduction drastique des dépenses, soit par un endettement accru auprès des marchés locaux. Les partenaires internationaux surveilleront de près la manière dont l’exécutif justifiera cette décision devant le Parlement de transition.
Pour les entreprises minières, cette annonce envoie un signal mitigé. Si la baisse de la pression fiscale leur offre un répit bienvenu dans un contexte de cours déprimés, elle risque aussi d’alimenter les tensions autour de la répartition des richesses naturelles. La prochaine loi de finances 2026, qui sera présentée à l’automne, devra déterminer si cet ajustement relève d’un simple contretemps conjoncturel ou d’une refonte durable de la fiscalité minière gabonaise.