Avec Jean-Pierre Antchoué Ayenoué, vice-président en charge des Affaires internationales et de la Diaspora, expert des enjeux de corruption et de blanchiment, le Gabon s’apprête à affronter un examen crucial. Du 29 juin au 1er juillet, Libreville accueillera une mission d’experts mandatés par l’ONUDC pour évaluer les dispositifs gabonais de prévention de la corruption et de recouvrement des avoirs illicites.
Un examen international sous haute tension
Cette évaluation, dans le cadre du deuxième cycle de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC), constitue une épreuve de vérité pour le Gabon. Après un premier cycle axé sur la répression et la coopération judiciaire, ce nouveau cycle se concentre sur deux priorités : la prévention des actes de corruption et la récupération des biens mal acquis.
Une délégation composée de représentants du Tchad et de la Libye, pays examinateurs, passera au crible les avancées gabonaises. Une démarche audacieuse, surtout dans une région où certains États préfèrent éviter ce type de regard extérieur.
La CNLCEI : entre réformes et doutes persistants
Depuis le Coup de la libération du 30 août 2023, la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI) a vu ses pouvoirs élargis. Pourtant, son efficacité reste sujette à caution. Quels résultats concrets peut-on citer ? Peu de Gabonais perçoivent une réelle avancée.
Les interrogations sont multiples : quels avoirs ont été effectivement récupérés ? Combien de personnalités ont été poursuivies pour enrichissement illicite ? Les réponses tardent à venir, malgré quelques initiatives symboliques comme la prestation de serment de deux nouveaux rapporteurs en février 2026.
Le 11 juillet 2025, un atelier sur le Code éthique a été organisé à Libreville pour renforcer l’intégrité publique. Mais où en est ce texte ? Est-il appliqué ? Les administrations gabonaises donnent-elles l’exemple ? Rien n’est moins sûr.
Des assises pour la bonne gouvernance, mais des résultats à concrétiser
Le 13 mai 2026, la CNLCEI a organisé des assises sur la bonne gouvernance et le renforcement institutionnel, en collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie. Une volonté affichée de moderniser les pratiques, mais qui peine à se traduire en actes concrets.
La bonne gouvernance ne se décrète pas : elle se mesure à l’aune de la réduction effective de la corruption, de la sanction des abus et de la récupération des fonds détournés. Or, dans ces domaines, les attentes citoyennes restent largement insatisfaites.
Un arsenal juridique en évolution, mais une application défaillante
Le Gabon a renforcé son arsenal juridique : nouvelles dispositions constitutionnelles, extension des mécanismes de déclaration de patrimoine, élargissement des pouvoirs de la CNLCEI. Ces mesures, saluées lors de la 17e session du Groupe d’examen de l’application de la CNUCC à Vienne, ne suffisent pas à masquer une réalité préoccupante.
Les classements internationaux, comme celui de Transparency International, placent le Gabon dans la partie basse du tableau. Les institutions de contrôle, bien que formellement existantes, manquent cruellement de moyens et d’indépendance. Les dossiers emblématiques traînent en justice, et les actifs illicitement transférés à l’étranger échappent encore à tout mécanisme de recouvrement transparent.
Vers une stratégie nationale intégrée ?
Coopérer avec les évaluateurs internationaux est une étape nécessaire, mais insuffisante. Le Gabon doit désormais mettre en place un plan national structuré, doté de feuilles de route chiffrées, de mécanismes de suivi-évaluation indépendants et d’une coordination interadministrative efficace.
Les silos institutionnels, l’absence de pilotage central et le manque de résultats tangibles prouvent que les textes ne valent que par leur mise en œuvre. Sans une volonté politique forte et une stratégie globale, la lutte contre la corruption restera un vœu pieux.
Ce que l’évaluation internationale pourrait révéler
Les indicateurs sont alarmants : 93,25 % des marchés publics passés sans appel d’offres, héritage d’une culture administrative où conflits d’intérêts et confusion entre biens publics et intérêts privés sont légion. La justice, malgré ses avancées, peine à traiter les dossiers les plus sensibles.
L’évaluation qui démarre bientôt livrera un verdict sans appel. Le Gabon parviendra-t-il à inverser la tendance ? Ou restera-t-il prisonnier de ses propres contradictions ?
Pour notre part, nous lançons une campagne de sensibilisation auprès des citoyens afin de les impliquer dans ce combat essentiel pour l’avenir du pays.
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