14 mai 2026

Frappes tchadiennes contre jihadistes : bilan tragique pour les pêcheurs

Des soldats tchadiens patrouillant sur les eaux du lac Tchad en mai 2026

Depuis vendredi, des frappes aériennes de l’armée tchadienne ciblent les zones contrôlées par les jihadistes de Boko Haram sur le lac Tchad, à la frontière avec le Nigeria. Ces opérations, lancées en représailles à une attaque ayant coûté la vie à 24 militaires tchadiens le 4 mai, auraient causé la mort d’une quarantaine de pêcheurs nigérians. Des témoins et responsables locaux rapportent des pertes humaines importantes parmi les civils, dont des habitants de Doron Baga et de l’État de Taraba.

Un membre d’un groupe d’autodéfense anti-jihadiste a confié sous couvert d’anonymat : « Il est impossible d’évaluer précisément le nombre de victimes, l’opération étant toujours en cours. » Les avions de chasse tchadiens bombardent notamment l’île de Shuwa, un bastion de Boko Haram situé à la croisée des frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad, où les pêcheurs locaux paient une « taxe » aux jihadistes pour accéder aux zones de pêche.

40 pêcheurs portés disparus après les bombardements

Selon un responsable syndical nigérian, « 40 pêcheurs sont portés disparus et probablement décédés noyés à la suite des frappes ». Son témoignage s’appuie sur les récits de rescapés ayant fui la zone. Adamu Haladu, pêcheur originaire de Baga, a également témoigné : « Beaucoup de personnes ont péri. La majorité des victimes viennent de Doron Baga et de l’État de Taraba. Il est de notoriété publique que les pêcheurs nigérians versent un tribut à Boko Haram pour pêcher dans ces îles isolées, riches en poissons. »

L’île de Shuwa, autrefois centre économique majeur, est devenue un repaire pour les groupes armés, attirant pêcheurs et commerçants malgré les risques. Les frappes visaient initialement à déloger Boko Haram après l’attaque meurtrière contre les forces tchadiennes, mais ont visiblement frappé des civils.

Rappel d’une bavure similaire en 2024

L’armée tchadienne n’a pas encore réagi officiellement à ces allégations. Pourtant, elle a déjà été accusée par le passé de telles erreurs. En octobre 2024, des frappes de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma avaient causé la mort de dizaines de civils, selon des témoins. L’attaque visait des jihadistes responsables de la mort de 40 soldats tchadiens, mais aurait touché des pêcheurs par erreur. L’armée tchadienne avait alors catégoriquement démenti avoir ciblé des innocents.

Ces incidents soulèvent des questions sur les méthodes employées par N’Djamena dans sa lutte contre l’insurrection jihadiste, qui sévit depuis 2009 autour du lac Tchad. Le conflit a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé deux millions de personnes dans le nord-est du Nigeria. L’épicentre de la violence s’étend désormais au Cameroun, au Niger et au Tchad, où Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) ont établi des bases stratégiques.

Pour contrer cette menace, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient relancé en 2015 la Force multinationale mixte, une coalition créée en 1994. Cependant, le Niger a quitté cette alliance en 2025, affaiblissant encore davantage la coordination régionale contre les groupes armés.