24 juillet 2026

Afrique Horizon

Prospective et actualités africaines : économie, diplomatie, développement et souveraineté du continent.

Faut-il craindre une intervention militaire américaine au Mali contre le JNIM ?

Faut-il craindre une intervention militaire américaine au Mali contre le JNIM ?

L’administration du président Donald Trump étudie sérieusement la possibilité de lancer des frappes ciblées contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, au Mali. Bien qu’aucune décision officielle n’ait encore été actée, cette hypothèse suscite déjà des débats animés parmi les responsables américains et divise les Maliens sur le terrain.

Le JNIM est aujourd’hui considéré comme la principale menace jihadiste du Sahel. Les États-Unis estiment que son influence s’étend désormais bien au-delà des frontières maliennes, touchant plusieurs pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.

Réactions contrastées des Maliens face à cette option

Les autorités américaines pointent du doigt l’inefficacité de la collaboration sécuritaire actuelle entre Bamako et Moscou pour endiguer la progression des groupes armés. Pourtant, le Pentagone n’a encore confirmé aucune discussion officielle sur ce sujet, ni annoncé de mesure concrète.

Sur le terrain, les avis des Maliens sont partagés quant à l’éventualité d’une intervention militaire américaine. Certains y voient une lueur d’espoir pour rétablir la paix sur l’ensemble du territoire, de Kayes à Kidal.

Les opinions des Maliens divergent sur une éventuelle intervention militaire américaine

« Ce qui compte avant tout, c’est la paix sur l’ensemble du territoire, de Kayes jusqu’à Kidal. Que ce soit les États-Unis ou un autre partenaire, tout soutien est bienvenu », confie un habitant de Bamako.

« Nous avons déjà les forces russes sur notre sol, et maintenant les États-Unis souhaitent intervenir. Tout cela doit s’inscrire dans une logique diplomatique », estime un autre citoyen, soulignant que « les autorités maliennes sont les mieux placées pour juger de ce qui est bénéfique ou néfaste pour le pays ».

Pour lui, l’hypothèse d’une intervention militaire américaine n’est pas à écarter, bien qu’elle doive être évaluée avec prudence.

Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une dégradation alarmante de sa sécurité, malgré le retrait des forces françaises et l’arrivée des mercenaires russes. Les attaques du JNIM se sont multipliées, y compris dans la capitale Bamako, tandis que des rapports d’ONG dénoncent des exactions commises par l’armée malienne et ses alliés russes contre les populations civiles.

Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, a récemment évoqué ce sujet lors d’une rencontre préparatoire au salon de la défense et de la sécurité de Bamako, prévu le mois prochain. Il a insisté sur la nécessité pour Bamako d’évaluer précisément la position des États-Unis avant toute décision, tout en réaffirmant la souveraineté du Mali.

Un tournant géopolitique majeur pour le Sahel

Pour Abdoulmoumouni Abbas, spécialiste de la prévention de l’extrémisme violent au Sahel et au Lac Tchad, cette possible intervention américaine pourrait marquer un tournant géopolitique dans la région. Ces dernières années, la Russie y a considérablement renforcé son influence.

« L’engagement des États-Unis doit être analysé à la fois sous l’angle sécuritaire et géostratégique. Cela pourrait élargir leurs capacités opérationnelles pour couvrir l’ensemble du Sahel et lutter contre la criminalité transnationale organisée », explique-t-il.

Toutefois, il met en garde en citant les résultats mitigés des frappes américaines au Nigeria : « Les premières frappes au nord du Nigeria, notamment dans les États de Sokoto et de Kebbi, ont souvent manqué leurs cibles. Ces échecs interrogent sur l’efficacité réelle de telles interventions ».

Plusieurs sources révèlent par ailleurs que Washington a déjà intensifié sa coopération en matière de renseignement avec Bamako ces derniers mois.