28 avril 2026

Épidémie de polio au Niger : un double défi sanitaire avec le covid-19

Le Niger traverse actuellement une situation sanitaire complexe en raison de la concomitance de deux épidémies majeures : la poliomyélite et la covid-19. Cette double crise met à rude épreuve les capacités du système de santé nigérien, déjà fragilisé par la pandémie.

Deux cas de polio ont été confirmés récemment dans les régions de Niamey et de Tillabéri. Ces contaminations surviennent alors que le pays lutte déjà contre la propagation du coronavirus, soulignant l’urgence d’une réponse sanitaire coordonnée.

des modes de transmission distincts mais des symptômes similaires

Bien que le SARS-CoV-2 (responsable de la covid-19) et le poliovirus se transmettent différemment, leurs manifestations initiales peuvent prêter à confusion. Le coronavirus se propage principalement par les voies respiratoires, notamment via la toux ou les éternuements, tandis que la polio se contracte par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés, ou encore par un contact direct avec une personne infectée.

Les signes cliniques communs incluent fièvre, maux de tête et toux, ce qui peut compliquer le diagnostic différentiel pour les professionnels de santé.

l’impact dévastateur de la pandémie sur les campagnes de vaccination

Le Dr Pascal Mkanda, coordinateur du programme d’éradication de la polio au sein de la Région africaine de l’OMS, alerte sur les conséquences indirectes de la covid-19 :

« Le Niger avait réussi à enrayer les précédentes épidémies de polio grâce à des campagnes de vaccination de masse d’une qualité exceptionnelle en 2019. Cependant, ces efforts sont aujourd’hui compromis par la nécessité de respecter les mesures sanitaires liées à la pandémie, telles que la distanciation sociale et les protocoles d’hygiène renforcés. »

une résurgence inquiétante du poliovirus

Cette nouvelle flambée de poliovirus circulant dérivé d’un vaccin (PVDVc) n’est pas liée aux épidémies qui ont été déclarées maîtrisées fin 2024 au Niger, au Kenya et au Mozambique. Deux enfants ont été paralysés dans les régions de Niamey et de Tillabéri, marquant un retour en force de cette maladie.

Le Dr Mkanda précise :

« Malheureusement, le poliovirus continuera inévitablement à circuler et risque de paralyser davantage d’enfants, car les campagnes de vaccination de masse ne peuvent plus être organisées dans les délais impartis en raison des contraintes imposées par la covid-19. »

une situation critique à l’échelle continentale

Le Niger rejoint désormais les 14 autres pays africains touchés par des épidémies de PVDVc, portant leur nombre total à 15. Parmi eux figurent l’Angola, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Togo et la Zambie.

Les raisons de cette propagation sont multiples :

  • Une couverture vaccinale de routine insuffisante.
  • Des refus de vaccination dans certaines communautés.
  • Des difficultés d’accès géographique à certains villages.
  • Une qualité variable des campagnes de vaccination.

des mesures urgentes pour protéger les enfants

Bien qu’aucun traitement ne permette de guérir la polio, cette maladie peut être prévenue grâce à un vaccin sûr et efficace. Face à cette urgence, les autorités sanitaires, tant au Niger qu’à travers l’Afrique, redoublent d’efforts pour renforcer rapidement l’immunité des enfants et les protéger contre les risques de paralysie.

Le programme d’éradication de la polio en Afrique maintient par ailleurs ses activités essentielles de surveillance épidémiologique, malgré les défis posés par la covid-19.