L’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ne cesse de s’aggraver. Selon les dernières données officielles, plus de 1 850 personnes ont succombé à la maladie depuis son déclenchement le 15 mai, sur près de 4 000 cas recensés. Le taux de létalité dépasse désormais les 40 %, un chiffre alarmant qui place cette épidémie au rang des plus meurtrières de l’histoire récente.
Le virus Bundibugyo, responsable de cette flambée, se propage à une vitesse inégalée. En moins de trois mois, il a déjà causé cinq fois plus de victimes que lors de ses précédentes apparitions en Afrique. À titre de comparaison, l’épidémie de 2018-2020 avait mis plus de dix mois pour atteindre un bilan similaire. Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a d’ailleurs reconnu fin juillet : « Je ne suis pas en mesure de vous dire que nous contrôlons totalement cette épidémie aujourd’hui. »
Une propagation favorisée par un contexte sécuritaire explosif
Plusieurs obstacles entravent la lutte contre cette épidémie. Tout d’abord, un retard significatif dans la détection des premiers cas, en raison d’un environnement particulièrement hostile. La province de l’Ituri, épicentre de la crise, est régulièrement secouée par des attaques terroristes menées par les ADF venues d’Ouganda, tandis que des milices locales se disputent le contrôle des ressources et de l’influence sur les populations.
Le Nord-Kivu, également touché, échappe en grande partie à l’autorité de Kinshasa. Une large partie de cette province est sous le contrôle du groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, depuis plus d’un an, à l’issue de combats intenses avec l’armée congolaise.
Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de populations, tant au sein de la RDC qu’en direction de l’Ouganda ou du Burundi. Les conditions de vie précaires qui en découlent aggravent encore la situation sanitaire, avec des systèmes de surveillance et de dépistage insuffisants au début de l’épidémie. Résultat : la propagation du virus est passée inaperçue pendant plusieurs semaines.
Le suivi des contacts, clé pour endiguer une épidémie, reste également très en deçà des attentes. À Bunia, ville majeure de l’Ituri, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province, seuls 59 % des contacts ont pu être tracés. L’Africa CDC estime pourtant qu’environ 40 contacts devraient être suivis pour chaque cas confirmé en zone urbaine, ce qui porterait le nombre total à 134 400 personnes. Pourtant, seulement 17 500 contacts font actuellement l’objet d’un suivi, soit 13 % de l’objectif. Environ un cinquième des personnes recensées ne bénéficient d’ailleurs d’aucun suivi régulier, en raison du manque de personnel ou des violences persistantes.
Autre signe de l’ampleur du défi : 60 % des personnes décédées de la maladie sont mortes en dehors des centres de soins, souvent dans leur communauté.
Des traitements et vaccins en phase expérimentale
Face à cette urgence, des avancées scientifiques sont en cours. Un essai clinique pour un vaccin contre le Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford, avec l’inclusion de 50 adultes pour évaluer sa sécurité. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories, avec l’objectif de produire rapidement des doses et de les tester en RDC.
En attendant, l’Africa CDC a annoncé vouloir administrer massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola aux populations touchées. Bien que le Bundibugyo soit une souche différente, ce vaccin permet d’éviter les formes graves de la maladie. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements.
Jean Kaseya a également annoncé son intention d’étendre l’utilisation du remdesivir, un antiviral, dans toute la RDC. Ce médicament a montré des résultats prometteurs en Ouganda voisin, où il a contribué à réduire le taux de létalité à 10 %, contre plus de 40 % en RDC. « Si le taux de létalité en Ouganda est de 10 %, c’est principalement parce que les autorités ougandaises ont utilisé le remdesivir pour toutes les personnes malades et les cas contacts », a-t-il expliqué.
Selon les projections des autorités sanitaires internationales, cette épidémie pourrait dépasser en ampleur celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, qui avait causé plus de 11 000 décès.
Une aide internationale en retard et insuffisante
Un autre facteur a aggravé la situation : le retard dans l’arrivée de l’aide internationale. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales, historiquement fournies par l’USAID, fragilisant considérablement le système de santé congolais. Cette décision a eu un impact direct sur la capacité du pays à répondre à la crise.
Le 5 août, le département d’État américain a finalement annoncé une enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide directe des États-Unis à 512 millions de dollars pour la lutte contre Ebola. Cette somme, bien qu’importante, reste inférieure aux budgets alloués lors des précédentes crises sanitaires. Elle permettra enfin à l’OMS et à la CDC de financer leur plan de réponse sur les six premiers mois, évalué à 518 millions de dollars. Les États-Unis restent néanmoins le premier contributeur à cette réponse, devant l’Union européenne.
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