14 mai 2026

Dilemme sécuritaire en Centrafrique : l’ombre d’Africa Corps succède à Wagner

La République centrafricaine se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins concernant sa coopération sécuritaire avec la Russie. Alors que le président Touadéra semble privilégier le maintien du groupe Wagner, le Kremlin pousse pour l’installation définitive d’Africa Corps. Ce changement de label soulève des inquiétudes majeures pour les populations civiles, déjà durement éprouvées.

Un changement de modèle financier, une violence identique

Le débat entre le maintien des mercenaires de Wagner et l’arrivée d’Africa Corps ne porte pas sur la nature des interventions, mais sur leur financement. Si Wagner se rémunère par l’exploitation directe et le pillage des ressources naturelles de la Centrafrique, Africa Corps impose une facture nette : environ 10 milliards de francs CFA par mois exigés par Moscou. Pour les citoyens, le constat est amer : peu importe le nom de l’organisation, le niveau de brutalité, les massacres et les exactions restent une constante tragique.

Le précédent malien : un avertissement pour Bangui

Depuis la disparition d’Evguéni Prigojine en 2025, le Mali a servi de laboratoire à cette transition. Les témoignages de réfugiés maliens installés en Mauritanie sont accablants. Loin d’apporter l’apaisement espéré, Africa Corps a poursuivi les méthodes de son prédécesseur. « Ce sont les mêmes combattants, désormais sous contrat étatique, qui continuent les tueries », déplore un notable local en exil. La seule différence notable réside dans la chaîne de commandement : Africa Corps dépend directement du ministère de la Défense russe, ce qui, en théorie, engage la responsabilité diplomatique de la Russie pour chaque crime commis.

Des méthodes de terre brûlée et des exactions systématiques

L’opacité entoure toujours les effectifs d’Africa Corps, estimés à 2 000 hommes au Mali, incluant des recrues de Russie, de Biélorussie et de certains pays africains. Les récits collectés auprès des survivants font état d’une violence aveugle. À Kurmare, des témoins décrivent des scènes d’horreur où des hommes blancs dépouillent les habitations et exécutent les civils sans distinction.

  • Exécutions sommaires : Des familles entières sont prises pour cibles lors des opérations de ratissage.
  • Ciblage ethnique : La communauté Peule est particulièrement visée, souvent accusée à tort de complicité avec les groupes insurgés.
  • Climat de terreur : Les civils sont pris en étau entre les exigences de l’armée et la menace des djihadistes.

Certains témoignages font même état de mutilations atroces et de vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des actes de barbarie sur des cadavres. Bien que les statistiques officielles indiquent une baisse relative du nombre de victimes civiles, les experts des Nations Unies soulignent que la peur des représailles étouffe la vérité. En Centrafrique, l’ombre d’Africa Corps plane désormais, laissant craindre une institutionnalisation de la violence sous l’égide directe de l’État russe.