14 mai 2026

Crise politique au Bénin : putsch avorté ou menace persistante ?

L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique marquée, notamment depuis le début des années 2020. Plusieurs coups d’État ont ébranlé la région, touchant des pays comme le Sahel, la Guinée ou encore la Guinée-Bissau. Ces bouleversements s’accompagnent souvent de tensions géopolitiques, notamment avec la France, ancienne puissance coloniale.

Face à cette montée des putschs, des juntes militaires au Burkina Faso, au Niger et au Mali affichent une volonté de rupture avec Paris. Dans ce contexte tendu, le Bénin fait figure d’exception, bien que fragilisé par une tentative de renversement de son président.

Emmanuel Macron a joué un rôle actif dans la gestion de cette crise, en renforçant la coopération régionale et en échangeant des informations avec les dirigeants des pays voisins. Le chef de l’État français a notamment discuté avec le président béninois Patrice Talon, cible des putschistes, ainsi qu’avec ses homologues du Nigeria et de la Sierra Leone, actuelle présidente de la CEDEAO.

Un conseiller de la présidence française a confirmé que la France apportait un soutien politique total à la CEDEAO, acteur clé dans la résolution de cette crise béninoise.

une tentative de putsch rapidement maîtrisée à Cotonou

Dimanche matin, huit militaires ont annoncé à la télévision nationale leur intention de renverser Patrice Talon. Après une journée de tension intense à Cotonou, capitale économique du pays, le président a affirmé que la situation était « sous contrôle ». Les autorités ont cependant rapporté l’existence de plusieurs victimes, notamment lors d’affrontements entre mutins et forces fidèles au gouvernement.

Le Nigeria, voisin du Bénin, a joué un rôle décisif dans la reprise en main de la situation. Des frappes aériennes ont été menées contre la base de Togbin, où s’étaient retranchés les putschistes après leur intervention télévisée. Dans la nuit de dimanche à lundi, des troupes nigérianes ont également participé à la reprise de cette base stratégique.

intervention régionale et enjeux constitutionnels

Dès dimanche soir, la CEDEAO a annoncé l’envoi de renforts militaires provenant de quatre pays membres, sans préciser le nombre de soldats déployés. L’objectif était clair : préserver l’ordre constitutionnel et éviter une déstabilisation supplémentaire de la région.

Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a qualifié la situation de « crise d’urgence », évoquant à la fois la menace jihadiste et la multiplication des putschs. Une douzaine de militaires impliqués dans la tentative de coup d’État ont été arrêtés, mais certains, dont le lieutenant-colonel Pascal Tigri, restent en fuite.

Parmi les otages libérés figuraient le chef d’état-major de l’armée de terre, Abou Issa, et son homologue de la garde nationale, Faïzou Gomina. Leur libération a marqué une étape importante dans la normalisation de la situation.

À Cotonou, la vie a repris son cours rapidement. Le pays, dirigé par Patrice Talon depuis 2016, s’apprête à organiser une élection présidentielle en avril 2026. Le président sortant, limité à deux mandats par la Constitution, ne pourra pas se représenter. Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est donné favori pour lui succéder.

Cependant, cette transition politique s’accompagne de controverses. Patrice Talon est salué pour ses avancées économiques, mais critiqué pour son autoritarisme croissant. L’opposition, notamment le parti des Démocrates dirigé par l’ancien président Thomas Boni Yayi (2006-2016), dénonce l’exclusion de ses candidats faute de parrainages suffisants.

Thomas Boni Yayi a condamné avec fermeté la tentative de putsch, qualifiant l’événement de « attaque sanglante et ignoble ». Il a appelé à des élections libres et transparentes, soulignant que les scrutins sont devenus un « facteur majeur d’instabilité » dans la région.

Omar Alieu Touray a également pointé du doigt l’érosion de l’inclusivité électorale dans plusieurs États membres de la CEDEAO, aggravant les tensions politiques.