20 mai 2026

Afrique Horizon

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Conflit Mali : le Maroc et l’Algérie s’affrontent par procuration

Le Sahara occidental et la politique malienne : une guerre d’influence entre Rabat et Alger

Le Mali devient progressivement le théâtre d’une rivalité géopolitique opposant le Maroc et l’Algérie. L’émergence récente du Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et de ses alliés du Front de Libération de l’Azawad (FLA) a ravivé les tensions entre ces deux puissances régionales. Derrière cette escalade sécuritaire se cache une lutte d’influence où Alger joue un rôle bien moins neutre qu’il n’y paraît.

Une stratégie algérienne de « tension contrôlée » au Mali

Contrairement à la façade d’arbitre impartial qu’Alger tente de maintenir sur la scène africaine, le régime algérien agit en réalité comme un acteur clé du conflit malien. Les services de renseignement algériens seraient impliqués dans le soutien logistique et financier de groupes armés, tout en maintenant un équilibre précaire pour empêcher une stabilisation durable du pays. Cette approche, qualifiée de « tension contrôlée », sert plusieurs objectifs :

  • Affaiblir l’influence marocaine au Sahel, notamment en bloquant les initiatives diplomatiques de Rabat auprès des juntes maliennes.
  • Préserver l’accès aux ressources naturelles du Mali, notamment dans les régions minières du nord, où l’Algérie convoite des partenariats stratégiques.
  • Tester les réactions internationales : en entretenant un climat d’instabilité, Alger mesure la capacité de la CEDEAO et de l’Union Africaine à intervenir sans aliéner ses propres intérêts.

Le Maroc mise sur la souveraineté malienne pour contrer Alger

Rabat a adopté une posture diamétralement opposée, privilégiant une coopération sécuritaire directe avec Bamako. Depuis 2020, le Maroc a renforcé ses liens avec la junte malienne en fournissant :

  • Un appui en renseignement : partage de données sur les mouvements terroristes via des canaux sécurisés.
  • Des formations militaires : envoi d’experts pour moderniser les forces maliennes dans la lutte antiterroriste.
  • Un soutien diplomatique : plaidoyer en faveur d’une levée de l’embargo sur les armes imposé au Mali, au nom de la souveraineté nationale.

Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de consolider une alliance sécuritaire maghrébine, où le Maroc se positionne comme alternative crédible à l’hégémonie algérienne. Cependant, cette approche comporte des risques : en s’alliant avec des régimes militaires contestés, Rabat s’expose à des critiques sur son manque de cohérence démocratique.

Un terrain d’affrontement aux conséquences régionales

Les retombées de cette rivalité dépassent les frontières maliennes. Trois enjeux majeurs se dessinent :

  • La stabilité du Sahel : une escalade des tensions pourrait relancer les activités des groupes jihadistes, déjà actifs au Niger, au Burkina Faso et au Sénégal.
  • L’équilibre géopolitique en Afrique de l’Ouest : l’Algérie et le Maroc instrumentalisent le conflit malien pour étendre leur zone d’influence, au détriment des initiatives panafricaines.
  • L’économie des pays voisins : le Mali, déjà fragilisé, risque de subir de nouvelles perturbations commerciales, notamment dans les secteurs de l’or et du coton, essentiels pour ses voisins comme le Bénin ou la Côte d’Ivoire.

Que réserve l’avenir pour le Mali ?

Deux scénarios principaux se profilent :

  • Un statu quo instable : l’Algérie maintient une pression permanente sur Bamako via des proxys armés, tandis que le Maroc renforce son ancrage sécuritaire. Le Mali reste un État failli, mais sous contrôle indirect des deux puissances.
  • Une escalade militaire : si la junte malienne, soutenue par le Maroc, venait à lancer une offensive majeure contre les groupes jihadistes, Alger pourrait réagir par une intervention plus directe, risquant une crise ouverte.

Une chose est sûre : tant que le Mali restera un champ de bataille pour les ambitions régionales du Maroc et de l’Algérie, sa souveraineté et sa stabilité resteront des illusions lointaines.