6 juin 2026

Afrique Horizon

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CAN 2025 : le Sénégal exige une enquête mondiale pour corruption après la controverse du titre attribué au Maroc

L’actualité africaine est secouée par une décision retentissante de la Confédération africaine de football (CAF). Suite à une requête de la Fédération marocaine de football, l’instance dirigeante du football continental a pris la décision, mardi soir, de décerner le titre de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc. Cette attribution intervient malgré la victoire initiale du Sénégal (1-0) lors de la finale disputée le 18 janvier dernier. La fédération sénégalaise a immédiatement annoncé son intention de faire appel, tandis que le gouvernement sénégalais a réclamé une investigation internationale, avançant de graves « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ».

Les réactions, tant en Europe qu’en Afrique, témoignent d’une stupéfaction générale, qualifiant la situation de « blague du siècle ». Le jury d’appel de la CAF a en effet annulé, deux mois après une finale marquée par des tensions, la victoire du Sénégal pour l’attribuer au Maroc. Un communiqué officiel de l’instance, saisie par la Fédération marocaine, a déclaré « l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale », transformant le score initial de 1-0 en une victoire 3-0 pour le Maroc.

Devant ce revirement, la fédération sénégalaise a confirmé son appel. Parallèlement, le gouvernement du Sénégal a officiellement demandé, ce mercredi, l’ouverture d’une enquête internationale pour éclaircir les « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Marie Rose Khady Fatou Faye, porte-parole de l’exécutif, a affirmé que « le Sénégal rejette sans ambiguïté cette tentative de dépossession injustifiée », une déclaration forte qui souligne l’enjeu de souveraineté Afrique dans le sport.

Les règlements de la Coupe d’Afrique des nations au cœur du litige

La fédération sénégalaise a vivement critiqué cette décision, la qualifiant d’« inique, sans précédent et inacceptable », et estimant qu’elle « jette le discrédit sur le football africain ». Elle a également précisé qu’une procédure d’appel serait engagée « dans les plus brefs délais » devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, en Suisse. Cette démarche met en lumière les défis de la prospective Afrique en matière de gouvernance sportive.

Abdoulaye Sow, secrétaire général de la FSF, a déclaré au journal sénégalais Le Soleil que le trophée ne serait pas restitué au Maroc. Il a dénoncé une CAF « pourrie » et a assuré aux citoyens sénégalais que « le Sénégal a le droit et la victoire avec lui. La coupe ne quittera pas le pays », reflétant la détermination du développement continent à défendre ses acquis.

Les événements controversés de la finale du 18 janvier sont désormais passés au peigne fin. Alors que le score restait nul et vierge dans le temps additionnel de la seconde période, un penalty jugé peu évident a été accordé au Maroc pour une faute de Diouf sur Brahim Diaz. Cette décision arbitrale a provoqué une vive colère parmi les joueurs sénégalais, qui estimaient qu’un penalty similaire n’avait pas été sifflé en leur faveur peu auparavant.

Dans la confusion qui a suivi, l’entraîneur sénégalais Pape Thiaw a demandé à ses joueurs de quitter la pelouse du stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Au milieu des échauffourées en tribune et des tentatives d’invasion de terrain par des supporters sénégalais, seul Sadio Mané est resté sur le terrain. Après une interruption d’environ 15 minutes, le match a repris. Brahim Diaz a manqué son penalty en tentant une Panenka. Finalement, Pape Gueye a offert au Sénégal le titre de champion d’Afrique grâce à une frappe magistrale du pied gauche.

Après près de deux mois de silence, la CAF a finalement annoncé sa décision mardi soir, déclarant l’équipe nationale du Sénégal forfait. Le jury d’appel de la CAF a invoqué l’article 84 du règlement de la CAN, statuant que « l’équipe nationale du Sénégal est forfait lors de la finale de la CAN 2025, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de football ».

L’article 84, qui définit la sanction, s’appuie sur l’article 82, stipulant que « si, pour n’importe quelle raison, une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée comme perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours ».

La jurisprudence Wydad Casablanca : un précédent pour la diplomatie africaine sportive ?

La fédération marocaine de football a « pris acte de la décision » en faveur des Lions de l’Atlas, précisant que sa démarche « n’avait jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l’application du règlement de la compétition ».

Une source proche de la Fédération marocaine a rappelé à l’AFP un précédent marquant dans une autre compétition africaine. En 2019, l’Espérance Sportive de Tunis avait été proclamée lauréate de la Ligue des champions de la CAF, trois mois après que les joueurs du Wydad Casablanca aient quitté le terrain lors de la finale pour protester contre une défaillance de la VAR. Cette affaire souligne l’importance de la diplomatie africaine dans la résolution des conflits sportifs.

Fin janvier, le jury disciplinaire de la CAF avait déjà infligé des sanctions pécuniaires aux fédérations des deux nations pour des comportements antisportifs et des manquements au fair-play. Par ailleurs, le procès en appel de 18 supporters sénégalais, emprisonnés depuis la finale et condamnés pour « hooliganisme », a été reporté au 30 mars, ajoutant une dimension judiciaire à cette controverse qui impacte l’image du développement continent en matière de sport.