5 juin 2026

Afrique Horizon

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Cameroun : le FMI alerte sur les risques de la renationalisation d’Eneo

La prise de contrôle majoritaire de la société Eneo par l’État camerounais inquiète vivement le Fonds monétaire international. Dans ses dernières évaluations, rendues publiques en mai 2026, l’institution internationale met en garde Yaoundé contre les conséquences financières de cette opération, où l’État détient désormais 95 % du capital de l’ex-filiale du fonds britannique Actis. Rebaptisée Société camerounaise d’électricité (Socadel), cette entreprise publique conserve 5 % de ses parts pour ses salariés. Le FMI craint un gonflement rapide des engagements publics dans un contexte budgétaire déjà fragilisé.

Un transfert de dettes vers un budget déjà fragilisé

L’analyse menée par le Fonds révèle que la renationalisation d’Eneo fait peser sur les finances camerounaises des passifs autrefois portés par un acteur privé. Les déséquilibres tarifaires, les dettes accumulées envers les administrations et les créances non réglées des producteurs indépendants se retrouvent désormais sous la responsabilité de l’État. Or, les marges de manœuvre du gouvernement restent limitées.

Le Cameroun, engagé dans un programme soutenu par la Facilité élargie de crédit et le Mécanisme élargi de crédit, doit concilier assainissement budgétaire, service de la dette et financement des dépenses sociales. L’ajout des besoins financiers de la Socadel complexifie davantage cette équation. Le FMI insiste sur l’urgence d’éviter que cette renationalisation ne devienne une source de dépenses structurelles incontrôlables.

Un modèle économique jugé non viable

Au-delà de la question de la propriété, c’est la pérennité financière de la Socadel qui préoccupe l’institution dirigée par Kristalina Georgieva. Le Fonds qualifie le modèle économique de l’opérateur public de profondément déséquilibré. Les tarifs pratiqués auprès des consommateurs ne couvrent pas l’intégralité des coûts de production et de distribution, tandis que les pertes techniques et commerciales continuent de peser lourdement sur les finances de l’entreprise. Les subventions de l’État, lorsqu’elles sont versées, prennent souvent la forme d’arriérés qui finissent par grever le budget national.

La répartition du capital, avec 95 % détenu par l’État et 5 % par les salariés, illustre cette nouvelle réalité. Si cette mesure vise à associer le personnel à la gouvernance, elle ne résout en rien le problème central : l’équilibre financier de l’entreprise. Le FMI souligne que le départ d’Actis, intervenu depuis plusieurs mois, n’a pas été accompagné d’une refonte tarifaire ni d’un plan de redressement suffisamment solide pour rassurer les partenaires financiers.

Sécuriser l’électricité sans aggraver le déficit public

Pourtant, le secteur électrique camerounais revêt une importance stratégique majeure. Il conditionne la compétitivité de l’industrie locale, la finalisation de grands projets hydroélectriques comme Nachtigal et Memve’ele, ainsi que l’objectif d’un accès universel à l’énergie d’ici 2030. Une défaillance de la Socadel mettrait en péril toute la chaîne de valeur, des producteurs aux consommateurs, en passant par le transporteur Sonatrel.

Pour le FMI, la priorité absolue consiste à définir clairement le rôle de la Socadel, à établir une trajectoire tarifaire réaliste et à régler les dettes croisées entre l’État, les producteurs indépendants et le distributeur. Sans ces mesures, le risque d’un recours systématique à la garantie publique devient très élevé. Plusieurs missions techniques de l’institution financière devraient évaluer dans les mois à venir la gouvernance de l’entreprise et les conditions d’un retour à l’équilibre opérationnel.

Un autre défi se profile : la crédibilité du Cameroun auprès des investisseurs. Le retrait d’un acteur privé majeur du capital d’un opérateur énergétique en Afrique, suivi d’une renationalisation, soulève des questions sur la stabilité des partenariats public-privé dans le secteur. Yaoundé doit prouver que la Socadel ne constitue pas une solution temporaire, mais bien le point de départ d’une réforme globale de la gouvernance énergétique.