21 mai 2026

Afrique Horizon

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Burkina Faso : la transition en quête de légitimité face à l’urgence sécuritaire

Le Burkina Faso traverse une période critique, marquée par une dégradation sans précédent de la situation humanitaire et sécuritaire. Pourtant, les actions récentes des autorités de transition soulèvent des interrogations quant à leurs priorités réelles. Entre une communication politique effrénée et les défis concrets du terrain, la dissonance entre les discours et les réalités devient chaque jour plus criante.

Une communication déconnectée des besoins immédiats

Alors que des rapports quotidiens attestent de l’intensification des attaques terroristes, de l’isolement de villages entiers et de l’augmentation des déplacés internes, les préoccupations de la population sont claires : la sécurité et la restauration de la souveraineté territoriale constituent des impératifs absolus. Pourtant, dans le même temps, l’appareil d’État semble se consacrer davantage à la promotion d’ouvrages ou de récits à caractère propagandiste, suscitant un sentiment d’incompréhension grandissant parmi les Burkinabè.

Cette approche, perçue comme une fuite en avant, est d’autant plus mal perçue que les forces de défense et de sécurité (FDS) ainsi que les Volontaires pour la patrie (VDP) se heurtent à des difficultés logistiques majeures sur le terrain. Comment justifier l’allocation de ressources à la production littéraire lorsque les moyens manquent pour assurer la protection des populations ?

Le contrat de confiance trahi

Lors de son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré avait bénéficié d’un capital de confiance inestimable, fondé sur une promesse simple et directe : rétablir la sécurité et l’intégrité territoriale, mission que ses prédécesseurs n’avaient su accomplir. Pourtant, l’accent mis aujourd’hui sur des initiatives de communication au détriment de l’action concrète risque d’éroder ce soutien précieux.

La population burkinabè, épuisée par des années de crise, exige des résultats tangibles. Le culte de la personnalité et le marketing politique, perçus comme des substituts à une stratégie sécuritaire efficace, alimentent un mécontentement croissant. Pour de nombreux citoyens, la limite de l’acceptable a été franchie : si la mission première de restauration de la paix ne peut être menée à bien, une remise en question radicale du leadership s’impose.

Un avenir incertain pour la transition

Le pouvoir en place se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif. Persister dans une logique où la présidence se transforme en une vitrine de communication ne fera que creuser le fossé entre les autorités et la population. Le Burkina Faso n’a que faire de récits glorieux ou de publications élogieuses : il a besoin de dirigeants capables de mobiliser des ressources et une stratégie à la hauteur des défis sécuritaires actuels.

Si le capitaine Traoré ne recentre pas sans délai ses efforts sur l’objectif prioritaire qu’est la sécurité nationale, l’histoire pourrait bien retenir que son mandat s’est construit sur des illusions, tandis que le pays continuait de s’embraser.