27 mai 2026

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Burkina Faso : la répression des voix dissidentes s’intensifie

L’actualité africaine au Burkina Faso est marquée par une inquiétante montée des tensions. L’arrestation récente de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure sunnite influente, juste avant la célébration de la Tabaski, a ravivé le débat sur les libertés fondamentales dans le pays. Les circonstances de son interpellation demeurent opaques, sans aucune explication officielle fournie par les autorités.

Dans ce contexte délicat, la Fédération des associations islamiques (Faib) a lancé un appel au calme, tout en soulignant l’importance du respect des institutions. Des témoins sur place ont rapporté que l’imam a été appréhendé mardi par des forces de police et des militaires masqués. Des affrontements auraient éclaté lors de tentatives de fidèles pour s’interposer, entraînant plusieurs blessés.

Cette situation s’inscrit dans un climat déjà tendu depuis plusieurs mois, alimenté par un projet de loi controversé sur les libertés religieuses. Ce texte vise à renforcer la laïcité de l’État, à réguler les lieux de culte au sein des services publics et à contrer certaines dérives. Ces mesures ont suscité une vive opposition, notamment de la part d’associations musulmanes qui en réclament le retrait pur et simple. Avant son arrestation, un message audio de l’imam Kindo circulait, dans lequel il exhortait les autorités à une profonde réflexion sur la portée de leurs décisions. Quelques heures après son interpellation, une manifestation de soutien à l’imam a été dispersée à l’aide de gaz lacrymogène dans les rues d’Ouagadougou. Ce n’est pas un incident isolé, puisque fin mars, l’imam Mahmoud Barro avait également disparu après avoir exprimé des critiques similaires sur ce projet de loi.

Un autre événement significatif de cette période de crispation est la suspension de l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb) pour « apologie du terrorisme », une mesure prononcée pour trois mois renouvelables. La raison invoquée est une publication dénonçant ce que l’organisation étudiante qualifiait d’« incapacité manifeste » des autorités face à l’insécurité grandissante et à leurs promesses non tenues.

Human Rights Watch alerte sur la situation des libertés au Burkina Faso

Human Rights Watch (HRW) a vivement réagi, rappelant l’engagement historique de l’Ugeb depuis sa création en 1960 en faveur de l’amélioration des conditions de vie des étudiants et son rôle de « voix importante dans les luttes plus larges pour la transparence et la justice sociale ». Un procureur d’Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête pour identifier l’auteur ou les auteurs de la publication incriminée de l’Ugeb. Un ressortissant burkinabè en exil, cité par HRW, estime que cette affaire illustre la subordination croissante des autorités judiciaires à l’agenda politique et sécuritaire de la junte.

L’ONG de défense des droits humains exhorte les autorités à annuler les sanctions contre l’Ugeb et à « mettre fin à l’oppression des voix indépendantes et des libertés fondamentales ». HRW souligne que « faire taire les étudiants ne résoudra pas la crise sécuritaire et de gouvernance qui s’aggrave au Burkina Faso, notamment l’intensification des attaques menées par une insurrection islamiste ».

Il y a un mois déjà, la FIDH avait interpellé le gouvernement burkinabè pour qu’il garantisse les droits et libertés fondamentaux de chaque citoyen. Un appel qui, à ce jour, semble être resté sans écho. Au contraire, une atmosphère de peur s’installe progressivement au sein de la société. Il devient de plus en plus difficile pour les journalistes de recueillir des témoignages, le danger étant palpable. Néanmoins, la contestation persiste, s’exprimant discrètement sur les réseaux sociaux et dans l’intimité des foyers burkinabè.