7 août 2026

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Boko haram au Nigeria : quand l’intelligence artificielle transforme la menace terroriste

Boko Haram au Nigeria : quand l’intelligence artificielle transforme la menace terroriste

Des factions armées nigérianes exploitent l’IA générative pour optimiser leurs opérations

Une étude récente de l’Université de Cambridge révèle une évolution majeure dans les méthodes employées par certaines factions de Boko Haram au Nigeria. Depuis 2023, ces groupes auraient intégré des outils d’intelligence artificielle générative dans leur fonctionnement quotidien, marquant un tournant dans leur stratégie opérationnelle.

Une technologie accessible aux groupes armés

Le rapport, rédigé par Antonia Juelich et publié en 2026, s’appuie sur 57 entretiens menés en 2025 et 2026 avec d’anciens membres de Boko Haram, principalement dans le nord-est du pays. Parmi eux figuraient d’anciens commandants intermédiaires et des spécialistes techniques. Leurs témoignages couvrent des activités réalisées entre 2023 et 2025.

L’étude met en lumière l’utilisation de plusieurs plateformes d’IA accessibles au public, dont ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et DeepSeek. Ces outils auraient été employés pour des tâches dépassant largement la simple propagande, jusqu’ici associée à l’utilisation de l’IA par les groupes armés.

Des usages militaires et logistiques concrets

Les anciens combattants interrogés révèlent que l’IA a servi à préparer des opérations, résoudre des problèmes logistiques et améliorer la coordination entre les unités. Certains l’auraient utilisée pour analyser les échecs d’attaques passées et identifier des pistes d’amélioration. D’autres s’en seraient servis pour entretenir des armes saisies ou comprendre le fonctionnement d’équipements militaires.

Le rapport souligne également des demandes liées à la conception d’engins explosifs et à l’optimisation de la sécurité opérationnelle. Les dispositifs de protection intégrés aux plateformes n’auraient pas toujours empêché l’obtention d’informations potentiellement dangereuses.

Des stratégies pour contourner les restrictions

Face aux refus de certaines plateformes, les utilisateurs auraient adapté leurs requêtes, reformulé leurs demandes ou changé de service. Cette approche permettrait de contourner plus facilement les blocages imposés par les systèmes d’IA. L’accès à ces outils aurait surtout accéléré l’acquisition de connaissances techniques, réduisant des problèmes autrefois nécessitant des jours de recherche ou l’intervention d’un spécialiste à quelques minutes.

Des cellules spécialisées formées avec l’aide de Daesh

L’institutionnalisation de l’IA au sein de certaines factions a conduit à la création d’unités dédiées. Composées de membres aux compétences variées (ingénierie, armement, explosifs, planification), ces équipes centraliseraient les questions des combattants sur le terrain. Leurs membres interrogeraient ensuite plusieurs systèmes avant de sélectionner et transmettre les réponses les plus pertinentes.

L’accès aux équipements et aux abonnements serait strictement contrôlé, limité à des membres jugés fiables. Cette mesure vise à réduire les risques de surveillance, de fuite d’informations ou d’utilisation non autorisée.

L’adoption de ces technologies aurait été encouragée par des instructeurs liés au réseau de Daesh. Selon les témoignages, ces derniers auraient organisé des formations en présentiel et fourni un soutien à distance à certains membres de l’ISWAP (Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest). Ils auraient également fourni du matériel informatique, des logiciels de chiffrement et des accès payants à des plateformes.

Une formation adaptée aux besoins des groupes armés

Les formations dispensées auraient porté sur le fonctionnement des systèmes d’IA, la formulation des requêtes et les techniques pour contourner les restrictions. Les connaissances acquises auraient ensuite été diffusées au sein des différentes unités. Le rapport note cependant plusieurs limites méthodologiques : ses conclusions reposent principalement sur les déclarations d’anciens membres, et chaque utilisation rapportée n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

Les personnes interrogées étaient majoritairement d’anciens cadres intermédiaires, sans vision complète des décisions prises au plus haut niveau de l’organisation. L’étude ne permet pas non plus de mesurer l’efficacité réelle des informations fournies par les systèmes d’IA, qui peuvent produire des réponses inexactes ou inapplicables dans un contexte opérationnel.

Vers une généralisation de l’IA dans les stratégies terroristes ?

Cette étude démontre que l’utilisation de l’IA par des groupes armés n’est plus un risque théorique. Des organisations aux moyens limités peuvent désormais accéder aux mêmes outils que les entreprises et les administrations. Cette accessibilité pourrait réduire certaines barrières techniques, notamment dans les domaines de la traduction, de l’analyse d’informations ou de la planification.

Pour les entreprises technologiques, le défi consiste à détecter les usages malveillants sans bloquer les utilisations légitimes de services accessibles à des millions de personnes. La multiplication des plateformes et des méthodes de contournement complique la surveillance.

Les auteurs du rapport appellent les développeurs, les autorités publiques et les services de sécurité à renforcer le partage d’informations. Ils recommandent d’évaluer les dispositifs de protection face à des organisations structurées, et non uniquement face à des utilisateurs isolés.

Enfin, l’étude montre que Boko Haram accorderait déjà une grande confiance au potentiel de l’IA. Cette perception pourrait les conduire à investir davantage dans les abonnements, les équipements informatiques et la formation de nouvelles équipes spécialisées. La question n’est donc plus de savoir si ces groupes tenteront d’utiliser ces technologies, mais dans quelle mesure les mécanismes de sécurité pourront limiter leur transformation en instruments de violence.