14 mai 2026

Algerie accusée d’exporter le terrorisme au Sahel par Mali et Niger

Mali et Niger pointent du doigt l’Algérie dans la propagation du terrorisme au Sahel

Les gouvernements du Mali et du Niger ont réitéré de vives critiques à l’encontre de l’Algérie, l’accusant de favoriser l’émergence et la persistance du terrorisme dans la région du Sahel. Selon eux, Alger offrirait un refuge, un soutien logistique et une couverture politique à des groupes armés opérant au sud de ses frontières.

Lors d’un forum régional sur la sécurité organisé au Sénégal, les représentants malien et nigérien n’ont pas directement cité l’Algérie, mais leurs propos ont résonné comme un écho aux accusations répétées de Bamako. Ces dernières mois, le Mali a maintes fois dénoncé publiquement le rôle d’Alger, qu’il considère désormais comme une base arrière pour les groupes terroristes et séparatistes agissant dans le nord du pays.

Des propos sans ambiguïté de la part des autorités maliennes

« Certains pays voisins abritent des groupes terroristes, les soutiennent activement ou accueillent régulièrement des forces hostiles menant des opérations contre nous », a déclaré Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères du Mali, lors d’une conférence de presse.

Les analystes spécialisés en sécurité estiment que l’actuelle vague de terrorisme au Sahel plonge ses racines dans les répercussions de la guerre civile algérienne des années 1990. Les réseaux militants autrefois battus ou dispersés en Algérie se seraient restructurés et auraient migré vers le sud, donnant naissance à des organisations comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Cette dernière est issue du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même issu du Groupe islamique armé (GIA) qui avait combattu le régime algérien pendant la « Décennie noire ». Pendant des années, ces groupes ont été dirigés par des ressortissants algériens, contraints de déplacer leurs activités vers le Mali et le Sahara sous la pression militaire en Algérie.

L’ombre d’une complicité entre services algériens et groupes terroristes

Plusieurs rapports évoquent des liens troubles entre les services de sécurité algériens et certains groupes terroristes opérant au Sahel. Le Mali n’a pas hésité à dénoncer ces pratiques lors de sessions de l’ONU, notamment après une dégradation notable des relations diplomatiques entre les deux pays l’année dernière.

Les tensions entre Bamako et Alger trouvent leur origine dans le nord du Mali, où des groupes terroristes et des milices touarègues défient l’autorité étatique depuis plus d’une décennie. Le Mali accuse l’Algérie de tolérer, voire d’encourager, la présence de militants le long de sa frontière sud, profitant de la porosité des frontières.

Une escalade diplomatique sans précédent

En septembre de l’année dernière, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait dénoncé à l’Assemblée générale de l’ONU le rôle d’Alger, le qualifiant d’« exportateur de terrorisme » vers le Sahel. Ces accusations se sont intensifiées après qu’un drone militaire malien ait été abattu par les forces algériennes près de la frontière, un incident que Bamako a interprété comme une tentative délibérée de protéger des chefs terroristes ciblés par les opérations maliennes.

En réaction, le Mali, suivi par ses alliés Niger et Burkina Faso, a rappelé ses ambassadeurs en poste à Alger. Un communiqué commun a été publié, accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme.

Le Niger apporte son soutien au Mali face à Alger

Le Niger a systématiquement aligné sa position sur celle du Mali dans ce conflit. Les autorités nigériennes ont soutenu les sanctions diplomatiques prises par Bamako après l’incident du drone et ont exprimé leur solidarité dans la lutte contre le terrorisme soutenu par l’Algérie, perçue comme un facteur de déstabilisation croissante dans la région.

Le général Abdourahamane Tiani, dirigeant de fait du Niger, a déjà accusé plusieurs gouvernements étrangers de financer des attaques contre son pays. Niamey a ainsi apporté son soutien au Mali dans son bras de fer avec Alger, dont l’influence est désormais perçue comme une menace par les juntes militaires du Sahel.

Un clivage grandissant en Afrique de l’Ouest

Ce différend met en lumière une fracture de plus en plus marquée dans la politique sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest. Les régimes militaires du Sahel estiment que le terrorisme ne pourra être éradiqué tant que des États voisins, jugés permissifs ou déstabilisateurs, poursuivent leurs actions sans contrôle.